Quel futur pour notre alimentation ?

Il y a peu j’étais invitée à découvrir le dernier livre de Pierre Feillet, un grand monsieur qui a déjà publié plusieurs ouvrages et qui se trouve être directeur de recherche émérite à l’Institut national de la recherche agronomique et membre de l’Académie des technologies et de l’Académie d’agriculture de France.

Après « La nourriture des français » et « Nos aliments sont-ils dangereux ? 60 clefs pour comprendre notre alimentation », Pierre Feillet vient de publier « Quel futur pour notre alimentation », aux éditions Quae. Vous pensez-bien que passionnée que je suis par l’Histoire de l’alimentation, la perspective d’en étudier le futur était séduisante. Que de problématiques à explorer ! L’évolution de l’agriculture, des modes de consommation, l’élevages des insectes, la création de viandes artificielles… Autant de questions qui nous inquiètent aujourd’hui car le futur de notre alimentation c’est demain! Alors que faut-il retenir de ce petit ouvrage et qu’en pense Pierre Feillet ?

Quel futur pour notre alimentation feillet

Alimentation et marketing industriel

Aujourd’hui la notion d’aliment a évolué et l’on se retrouve face à une rupture : avant il servait seulement à se nourrir alors qu’aujourd’hui il est aussi culturel. On y cherche des solutions : on va manger ce légume ou ce poisson pour obtenir un effet précis, et non plus pour remplir notre estomac. De plus, depuis 10-15 ans il y a une composante sociétale à prendre en compte qu’on appelle le Greenwashing : une technique marketing qui permet de se donner une image éco-responsable, employée par les grandes entreprises et les administrations publiques. Le Greenwashing a deux axes de discours principaux :

– Laisser à manger pour les autres

– Ne pas mettre la planète en danger

De très bonnes idées si ce n’est que l’argent récolté sert plus aux campagnes de publicité qu’à un réel investissement dans la sauvegarde de l’environnement.

Quel futur pour notre alimentation feillet  greenwashing

Dans le monde de l’alimentaire on a depuis longtemps un marketing agressif et outrancier mais qui a occulté volontairement un point :  les technologies. En effet quand on y pense, tous les domaines industriels (informatique, automobile, architecture…) sont les premiers à vouloir démontrer à quel point ils sont avancés, technologiquement parlant. Ils sont toujours à la pointe de l’innovation et de la performance, alors que dans le domaine alimentaire on vous vante les mérites d’une mousse au chocolat façon « La Laitière » de Vermeer, ou les biscuits « à l’ancienne » préparés selon une ancestrale tradition… Comme le dit Pierre Feillet « Heureusement qu’on ne fabrique plus les mousses au chocolat comme à cette époque, car je ne vous raconte pas les conditions sanitaires« .

D’ici 50 ans ce n’est pas le contenu de nos assiettes qui va changer mais les technologies utilisées entre la semence et la cuisine.

La société demeure réticente à ces évolutions. Pourquoi ? Parce que les industriels nous font croire que l’on utilise les mêmes technologies qu’autrefois et que c’est pour ça que c’est bon. Seulement, c’est un leurre et les industriels ont tort de s’entériner dans cette démarche marketing.

Le futur pour notre alimentation à l’échelle planétaire

Notre futur, il faut aussi le voir à l’échelle planétaire. D’ici 35 ans la population de l’Afrique va doubler, la population générale va vieillir, il y aura moins d’agriculteurs pour nourrir des populations qui s’urbanisent (on aura des villes avec 40 à 50 millions d’habitants), tout ceci entrainant des transports supplémentaires considérables.

Quel futur pour notre alimentation feillet  afrique

Et le climat ? Un climat plus chaud qui permettra d’augmenter la photosynthèse, mais les plantes demandent de l’eau et on sait qu’avec le réchauffement planétaire celle-ci va se raréfier. Selon les climatologues l’Afrique sera le continent le plus victime des sécheresses et il sera impossible d’aller vers une autonomie alimentaire. Il faudra donc développer les échanges et une profonde coopération avec ces pays du Sud.

La consommation de viande va continuer à augmenter car il y a une relation très forte entre elle et le PIB d’un pays. Seulement on mangera plus de poulets ou de poissons, et moins de boeuf. Ce n’est pas un mal car on en mange trop : La France consomme 80 kg de viande par an et par habitant quand on devrait être plutôt autour de 60.

Il faudra développer des sources d’économie en matière de gaspillage, notamment revoir les DLC sur des produits comme les yaourts. Ces « Date Limite de Consommation » sont une aberration : les ferments lactiques présents dans le yaourt le maintienne consommable pendant encore au moins 2 mois après les dates affichées (j’ai même fais les testes moi-même). D’ailleurs, le saviez-vous ? Plus le yaourt attend, moins il a de lactose, meilleur il est pour les gens qui ont des intolérances au lactose !

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Deux notions à distinguer : perte et gaspillage. La perte n’est pas voulue alors que le gaspillage peut-être évité. En France, on jette 5% de ses aliments, ce qui est peu par rapport à d’autres pays. Si on prend en compte tout ce qui est jeté (épluchures, os, gras) le chiffre monte entre 20 et 30%. Seulement à l’échelle mondiale, si on établit un rapport entre ce qui est produit et ce qui est consommé, la perte est de 40%. Il faudra aller vers une diminution de ce chiffre afin d’optimiser la répartition alimentaire.

Quelles solutions pour notre prochaine alimentation ?

La Terre va-t-elle rester la seule nourricière ? En voilà une bonne question. Je ne vous parle pas d’aller planter des champs sur la Lune (et pourquoi pas ?) mais de faire de l’élevage en dehors du sol. Il y a des essais prometteurs de salade et de tomate…

Quel futur pour notre alimentation feillet  culture poissons

Projet de ferme verticale urbaine (que vous pouvez découvrir en cliquant sur l’image)

Quelle solution pour l’agriculture ? Il faudra mettre en place des agricultures durablement productives, mais pas forcément intensives. Pierre Feillet pense que le schéma traditionnel d’une agriculture intensive se dirigeant vers une agriculture raisonnée arrive à son terme. L’agriculture bio est en fin de course car elle est trop accès sur la protection de l’environnement et a oublié de prendre en compte la production. Il faut repenser le système. Pour nourrir le monde il va falloir trouver des solutions entre la plante, le sol et les micro-organismes. Il va falloir rediversifier les agricultures: actuellement, l’essentiel de l’alimentation mondiale est assuré par seulement 10 espèces végétales, sur les 30.000 disponibles ! (source)

Va-t-on se tourner vers les pilules ? Pierre Feillet n’y croit pas. Après un rapide calcul il expose qu’il faudrait avaler 350 pilules pendant 45 minutes, impliquant 5 litres d’eau pour que l’on puisse avoir les nutriments nécessaires. Une chimère.

Quel futur pour notre alimentation feillet agriculture

D’autres pistes ?

Les microalgues,

qui permettent de produire des nutriments. Aujourd’hui, à travers le monde, quelques dizaines d’espèces de micro-algues sont cultivées et la production mondiale plafonne à 10 000 tonnes par an. La spiruline fait partie de ces algues, vous pouvez la trouver en paillettes dans les magasins bio. Elle est connue pour contenir plus de 60 % de protéines brutes, des vitamines, des minéraux et de nombreuses substances biologiquement actives. Les potentiels de cette micro-algue sont intéressants et son système de production est abordable techniquement et financièrement (source).

Quel futur pour notre alimentation feillet spiruline

Les insectes,

ne seront jamais une solution de nourriture pour l’homme: 100 grammes de poulet équivaut à 50 chenilles (et avant que l’on accepte de manger plus de 50 chenilles par repas il va s’en passer du temps). En Afrique on trouve le peuple qui consomme le plus d’insectes, et ils ne représentent que 10% de leur apport en protéines. Les insectes ne remplaceront jamais un steack ! (Vous êtes soulagés ?). En revanche, s’ils ne nous serviront pas à préparer nos plats (peut-être tout juste l’apéro comme le propose Jimini’s), ils seront  une éventuelle source de protéines pour les animaux et pourront être transformés en farines.

Quel futur pour notre alimentation feillet  insectes

Les OGM,

sont un atout parmi d’autres. Ils représentent 11% de la production mondiale (soja, coton, maïs et betterave). Les OGM sont controversés car il n’y a pas de vrai débat. C’est un drapeau utilisé pour défendre un certain type d’agriculture et brandi pour des raisons politiques: les avis des scientifiques sont détournés pour le discours politique. Il ne faut pas oublier que l’on consomme depuis 20 ans maintenant des OGM.

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Si le sujet vous intéresse je vous invite à lire l’article « Alimentation: qu’y aura-t-il demain dans votre assiette ? » (avril 2014); ou bien entendu à acheter « Quel futur pour notre alimentation ? » de Pierre Feillet, une mine de renseignements, et bien plus complet que cet article de présentation.

À bientôt !

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3 réflexions sur “Quel futur pour notre alimentation ?

  1. Merci pour cet article intéressant ! Les insectes pour notre alimentation… Un groupe d’étudiants en école de commerce agroalimentaire a inventé des produits apéritifs à base d’insectes ! Criq & Craque. Vous en avez entendu parler ?
    A bientôt !

    • Bonjour ! Non je ne connais pas Criq & Craque, et je suis donc allée voir 🙂 Je connaissais Jimini’s, qui proposent des insectes grillés pour l’apéro, mais là chez C&C ce sont des farines d’insectes… c’est différent donc !

      Après il faut faire attention, ces jeunes concepts ne sont pas encore tout à fait dans le domaine légal : en France la FAO n’a pas encore autorisé ces « nouveaux aliments » et ils ne sont normalement pas autorisés à la consommation ! Pour l’instant ils n’ont pas réagi mais je pense que ça ne va pas tarder avant que ça ne leur tombe dessus…
      Car il ne faut pas oublier que les insectes peuvent contenir des substances toxiques provenant des plantes dont ils se nourissent, d’autres sont porteurs de virus, ou contiennent des microorganismes mal connus. Une attention particulière doit être apportée à la qualité sanitaire et ces évaluations sont longues et couteuses…

      • Bonjour,
        Vous avez tout à fait raison, les nouveaux aliments font l’objet d’une procédure européenne d’évaluation avant leur mise en marché. Ils entrent dans le champ d’application du règlement (CE) n° 258/97. Cette évaluation vise à démontrer notamment que le nouvel aliment ne présente pas de danger pour le consommateur.

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