Histoire de l’alimentation : Grèce Antique, Première partie

Après ces premières pérégrinations à travers les débuts de l’Histoire nous arrivons maintenant aux « mondes classiques », ceux de la Grèce et de la Rome Antique. J’ai été un peu plus longue que d’habitude à vous les préparer car c’est un gros morceau, et je vais d’ailleurs devoir vous exposer le sujet en plusieurs articles. Il y a tant à dire sur ces périodes pendant lesquelles les régimes alimentaires définissaient les modèles de vie, civilisée ou barbare, et symbolisaient un statut hiérarchique au sein de la société, qu’un simple billet ne suffisait pas. J’espère que vous prendrez autant de plaisir à les lire que moi à les écrire !

Olives cueillette British museum grece antique 520 vase alimentation huile histoire

Vase conservée au British Museum, sur lequel on peut voir des personnages ramasser des olives (520 avt J.C).

L’alimentation du monde grec est moins bien connue que celle du monde romain, toutefois il est possible de dresser un tableau assez précis des habitudes alimentaires durant la période classique, entre le 5ème et le 4ème siècle avant JC.

Une première chose à savoir c’est que pendant toute l’Antiquité, la civilisation méditerranéenne est le monde du pain, ou du moins des céréales et des aliments qui servent à faire des bouillies et des galettes. La viande ne jouait qu’un rôle secondaire.

D’ailleurs à l’époque le pain est le symbole de la civilisation, de la distinction entre l’homme et l’animal. Avec l’huile et le vin, il est le signe distinctif d’une civilisation qui ne repose pas sur des ressources « naturelles », mais qui est capable de fabriquer elle même ses propres ressources (plantes et animaux) à l’aide l’agriculture et de l’élevage. Le pain permet donc de distinguer l’homme civilisé du barbare, qui se contente de cueillir et chasser du gibier. La distinction entre ces deux mondes sera primordiale tout au long de la civilisation grecque, avec les « citoyens » de la Cité, et les « barbares », étrangers à la Cité.

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Un épi d’orge, symbole de la cité de Métaponte, sur une pièce en argent (entre 530-510 av. J.-C).

Toutefois si l’on entre dans la réalité (car l’idéologie grecque restait une utopie) les terres cultivées étaient loin de fournir l’intégralité des ressources alimentaires, le processus de domestication étant loin d’être terminé. Et oui… à cette époque en Grèce le pain n’est pas toujours du pain, ni le vin vraiment du vin. Ce dernier est souvent un vinaigre allongé d’eau, quant au pain il s’agissait plutôt de céréales préparées de différentes manières. La céréale la plus consommée est l’orge, non pas sous forme de pain mais sous forme de maza : un orge grillée réduit en farine, à laquelle on ajoute un liquide (eau, huile, lait) ainsi que des condiments pour l’assaisonner. Elle se mange ainsi et c’est le principal mode de consommation de céréales en Grèce.

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Blé ou orge, saurez-vous faire la différence ? (le blé est en bas)

Le pain ne fait son apparition que beaucoup plus tard, résultat ultime d’une histoire longue et complexe. Les galettes cuites sous la cendre, avec les soupes et les bouillies, resteront pendant longtemps la base de l’alimentation populaire, surtout dans les campagnes. Les premiers boulangers n’apparaissent qu’à la fin du Vème siècle dans les villes.

Avec les céréales, les légumineuses jouent elles aussi un rôle considérable dans l’alimentation, en particulier les fèves, les pois chiches et les lentilles. Dans les potagers, les grecs cultivent principalement de l’ail, des poireaux, des oignons, et aussi des herbes aromatiques : thym, persil. Les légumes sont préparés en soupe ou en purée.

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Le persil figurait sur didrachme d’argent de la cité de Sélinonte, dont il était l’emblème (vers 515-470 av. J.-C)

Le fromage tient un place essentielle : avec l’orge et les figues, il est le menu de base des repas communautaires spartiates. On l’utilise aussi pour faire de nombreux gâteaux (vous tenez là l’origine du cheesecake !). Les grecs consommaient également beaucoup de fruits : melons, raisins, figues, poires, pommes, coings, nèfles, amandes, grenades… Le tout largement accompagné de miel.

C’est à la fin du Vème siècle avant JC que les cuisiniers spécialisés apparaissent à Athènes. Ils s’intéressent à la qualité des produits ainsi qu’à leur assaisonnement et utilisent beaucoup le vinaigre dans les plats. Il faut aussi signaler un emploi très fréquent du garum, un équivalent de sauce nuoc mam à base de poisson séché.

Et pour le deuxième épisode sur l’alimentation en Grèce Antique, je vous parlerai viande, vin et banquet… Ca sera un peu plus festif donc !

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Laboureur, figurine en terre cuite conservée au Louvre (VIème siècle avant J.C).

Sources :

Marie-Claire Amouretti, Villes et campagnes grecques dans Histoire de l’alimentation

Christiano Grottanelli, La viande et ses rites dans Histoire de l’alimentation

Massimo Montanari, Systèmes alimentaires et modèles de civilisations dans Histoire de l’alimentation

Les photos ne m’appartiennent pas elles ont été glanées sur internet.

 

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8 réflexions sur “Histoire de l’alimentation : Grèce Antique, Première partie

  1. Merci Céline pour ce volet hautement intéressant sur l’histoire de l’alimentation, très clair, extrêmement bien documenté et fourni. C’est un immense plaisir de lire tes articles. A bientôt.

    • Non à l’origine on en trouve les premières traces en Mésopotamie mais ce sont vraiment les grecs qui l’ont utilisé de façon plus régulière en cuisine. Les romains ont en effet repris cette sauce par la suite, en l’élaborant avec du thon de Méditerrannée plutôt qu’un mélange de poissons comme le faisait les grecs.
      Ce que je trouve rigolo c’est qu’aujourd’hui on ne retrouve ce condiment quasiment qu’au vietnam avec le nuoc-mam. Comment est-il arrivé là bas et pourquoi ne l’utilise-t-on plus en occident ? Mystère. Peut etre un rapport avec le développement de la religion chrétienne, le poisson etc…

      Quand je publierai la partie sur le Moyen-Age, qui est extremement intéressante pour toute l’histoire moderne de la cuisine qui s’est mise en place par la suite, on verra que le lien cuisine/religion a vraiment marqué les habitudes d’alimentation.

  2. A quand la suite ?
    C’est drôlement intéressant ! J’ai quelques bases ayant une passion pour la tambouille et ayant fait des études d’Histoire avant ma vie d’infirmière, mais j’ai bien envie d’avoir la suite ! 😉

    • Oh ben merci ^^ je mettais tellement de temps à les écrire que malheureusement ça a été mis un peu en stand by avec le lancement de ma société… j’en ai 2 chapitres presque prêts mais comme en plus je ne savais pas trop si ça interressait les gens… Mais bon promis je poste la suite rapidement ! 🙂

  3. Pingback: Histoire de l’alimentation : Grèce Antique, Seconde Partie | Céline M. Céline aime.

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